
À l'aube de l'an 2000, quatre improvisateurs de choc se réunissent pour jouer les compositions malicieuses de la contrebassiste Sarah Murcia. Avec Olivier Py (saxophones ténor et soprano), Gilles Coronado (guitare) et Franck Vaillant (batterie), le groupe Caroline est né. Un premier album voit le jour deux ans plus tard sur le label Chief Inspector, avec la participation de Malik Mezzadri et de Fred Poulet.
Depuis le début des années quatre-vingt dix, les musiciens de Caroline, aujourd'hui de jeunes trentenaires, sont des activistes cultivés et décomplexés de toutes les musiques actuelles qui bougent. Leurs quatre points cardinaux sont le jazz mutant, le rock post moderne, l'électro alternative et la chanson différente. Il en résulte une musique ouverte, exigeante, et terriblement excitante.
Leurs parcours sont passionnants. Sarah Murcia, qui a étudié la contrebasse avec Jean-François Jenny-Clark et possède une formation de piano classique, a été longtemps l'un des piliers du groupe de Magic Malik et de Las Ondas Marteles avec Sébastien et Nicolas Martel. Elle a travaillé dans les contextes les plus divers, de Jacques Higelin et Franck Monnet à Charlélie Couture et Fred Poulet, en passant par Piers Faccini et Steve Coleman, et a composé des musiques de film pour John Lvoff. Franck Vaillant, qui en dehors de son propre quartet Benzine collabore régulièrement avec Lo'Jo, connaît Sarah Murcia depuis quinze ans. Les deux compères se sont retrouvés au fil de plusieurs projets comme Chaméléo Vulgaris, Varans de Komodo, et Black Pyramid, sans oublier des musiques de film et les disques de Fred Poulet et Jeanne Balibar, pour qui Sarah Murcia a composé et realisé sept titres de son album « Slalom Dame ».
Olivier Py, qui s'est initié au jazz en autodidacte et a ensuite appris le piano et le saxophone, a développé un système de composition autour des nombres et du rapport entre le texte et la musique. Aujourd'hui membre de Quinte & Sens, Knock, Electroshnok et Alata, un projet qui allie l'électro et la vidéo, il a joué lui aussi avec des personnalités très diverses comme Manu Codjia, Médéric Collignon, et Sébastien Llado. Quant à Gilles Coronado, il a développé son jeu aux côtés de musiciens comme Barre Philips, Bruno Chevillon, et Marc Ducret, avant de fonder le groupe Urban Mood avec Vincent Ségal, Norbert Lucarain et Guillaume Orti.
Si la grammaire musicale de Caroline est plutôt jazz, avec une syntaxe plutôt ancrée dans des racines européennes, le vocabulaire du groupe s'est forgé à l'écoute d'autres histoires, qui vont de la pop aux musiques expérimentales et improvisées. Les influences communes des quatre complices incluent Fred Frith, Tim Berne, mais aussi Mbase, Frank Zappa, Talk Talk, Jonathan Richman et Daniel Johnston. Dès les débuts du groupe, ils ont tenu à inviter à leurs concerts des guests tels Fred Poulet, Airelle Besson, Malik ou Vic Moan.
« Il est important de réunir dans Caroline toutes ces choses que je considère à valeur égale, d'où l'importance des chansons et du côté rock de temps en temps », déclare Sarah Murcia. Elle ajoute aussitôt : « D'un autre côté j'aime l'improvisation et les formes complexes, sans pour autant qu'il y ait des solos dans tous les morceaux ». Dans « Monaco », leur nouvel album qui sort au printemps 2008 et qui est accompagné d'un clip de Fred Poulet, tous ces ingrédients sont réunis, les morceaux sont gorgés d'une densité musicale étonnante, et il flotte tout au long du disque un délicieux parfum de surprise. Pour notre bonheur, Caroline se joue des étiquettes et nous offre des frissons délicieusement libertaires et somptueusement inventifs.